Arrête de pleurer

Petite, comme tous les bébés, Ève (ma fille) pleurait. Elle pleurait beaucoup. Je la soupçonne même d’avoir devancé sa crise d’adolescence d’une quinzaine d’années et de nous l’avoir exprimée en pleurs entre l’âge de six et dix-huit mois. Aimer inconditionnellement, je connais.

Ève est une petite fille extraordinaire. Elle aura bientôt 5 ans et je sens – je sais – qu’elle a hérité de la sensibilité de sa maman. Moi aussi je suis sensible, mais pas comme elles. Elles ont cette qualité, cette force de tenir au bonheur des gens autour d’eux. À 33 ans, Julie gère plutôt bien cette qualité, mais à 4 ans et demi, Ève est encore maladroite. Malgré cette sensibilité extrême, elle ne pleure plus comme avant. Je dirais même qu’elle ne pleure pas beaucoup pour une fillette de son âge.

En réalité, Ève ne pleure ni souvent, ni longtemps et la raison est simple : quand elle pleure, je lui dis d’arrêter. Je lui dis souvent « qu’on ne pleure pas pour ça ». Ève me fait confiance. Elle m’écoute. Elle arrête donc de pleurer. C’est presque magique.

C’est presque magique, mais avec du recul, c’est aussi un peu troublant. Un peu troublant de constater que je lui apprends à retenir ses émotions. Un peu troublant  de réaliser que je lui apprends que pleurer n’est pas souhaitable. Un peu troublant de réaliser à quel point je suis dépassé par cette réaction normale sans avoir le réflexe de l’accompagner pour gérer cette force qu’elle a en dedans.

Ce soir, c’est moi qui pleure, seul, assis dans sa chambre la lumière fermée. Ça fait du bien. J’ai l’impression de m’excuser. Elle dort paisiblement. Je pleure doucement. Je sens qu’après ça ira mieux.

Demain, je ne lui dirai pas d’arrêter de pleurer.

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