Enseigner à des laptops

Le titre est un peu dur, un peu sec, j’en conviens. Mais il n’en demeure pas moins que c’est désormais très souvent la réalité quand je me retrouve devant une salle de classe à l’université. Toutes les classes ? Non, mais je dirais que c’est de plus en plus la réalité lorsque j’enseigne à des groupes plus jeunes.

La classe 2.0

Installé en avant de ma classe, je les vois lire discrètement (si seulement c’était le cas) leurs textos, leurs courriels et les derniers statuts d’amis sur Facebook. Depuis leurs téléphones, cachés maladroitement au bout de leur bras sous les pupitres, ils se parlent, ils « communiquent », c’est la classe 2.0!

Personnellement, c’est une nouvelle réalité que j’ai choisi de ne pas combattre. Je l’avoue, au début, je trouvais ça fatigant, insolent même. Un tas de questions te passent par la tête :  « Qu’est-ils ont ces deux-là? Il est plate mon cours ?! », « Ils ont déjà vu cette matière peut-être ? », Lui, il ne m’écoute pas, mais pas pantoute !! », « Pourquoi elle rit toute seule ? », « Pourquoi s’échangent-ils des regards en rapport à ce qu’ils voient sur leurs écrans ?! », « Lui, il est en train de vérifier sur Google si ce que je viens de dire est vrai ! »

Quand je sortais du cours après trois heures de « compétition », j’étais brûlé, épuisé de ce combat contre les blogueurs qu’ils lisent dès qu’ils ont un peu de temps, contre leurs 324 amis Facebook, contre les derniers statuts Twitter des camarades de classe qui se font des inside de cohorte. Combien de fois j’ai pu lire des étudiants blasés, blaster leur professeur sur Twitter! Ouff!

Il y a 2 réponses possibles :

1.0 – Se dire qu’ils sont là pour devenir de meilleurs gestionnaires, de meilleurs gens d’affaires. Que lorsqu’on est en réunion avec des gens qui ont quelque chose à nous dire, sortir son ordinateur ou son téléphone pour parler est plutôt mal vu. Que l’art ou tout simplement la capacité de prendre des notes écrites à la main s’estompe tranquillement

2.0 – Apprendre à gérer cette nouvelle réalité. Apprendre à faire semblant que ça ne nous dérange pas. Surtout, apprendre à en rigoler avec eux.  Après tout si j’étais à leur place, je ferais probablement la même chose!

Témoignage d’un chargé de cours 2.0

©Photo par Alex Kotliarskyi.