Les avions

Être un adulte responsable, c’est vivre presque continuellement un pied dans le présent et un pied dans le futur. Je veux dire qu’on est presque tout le temps en train de prévoir et de prévenir le coup sur un tas de trucs futurs.

En s’habillant le matin, on pense à sa journée, à l’air climatisé au travail, aux faibles averses en fin de journée que Colette a vu sur son radar, au kilomètre et demi qu’il faudra marcher ce matin entre la station de métro et le travail.

En voiture, de retour du travail on pense à ce qu’on fera à manger une fois à la maison, on pense à ce qui reste dans le frigo. Une fois rendu, on se dit qu’il faudrait bien faire le ménage un brin puisqu’on reçoit de la visite le lendemain.

La fin de semaine, en marchant sur St-Denis, on se dit qu’on serait mieux de l’autre côté de la rue parce qu’il y a plus de soleil ou parce que le Lululemon est de l’autre côté, dans deux coins de rue.

Qu’est-ce que les avions ont à voir là-dedans ?!

Rien, sauf que quand un avion passe dans le ciel au dessus de la maison, ma petite fille arrête ce qu’elle faisait sur le champ, elle pointe le ciel (ou le plafond) et elle crie : Aon! Aon! Aouuon!!!. Selon elle et ses 17 mois d’expérience de vie sur la Terre, la planète devrait arrêter de tourner… là, tout de suite, maintenant! Elle nous regarde, complètement captée par le bruit du moteur d’un Cessna en direction de l’aéroport de St-Hubert qui survole la maison.

Nous avons appris avec le temps à développer une attention sélective aux stimuli de la vie. Eh oui, comme tout le monde, il m’arrive de ne pas avoir conscience qu’un avion passe dans le ciel ou qu’un oiseau soit perché sur la branche dans l’arbre sous lequel je marche.

Ève n’a pas de soucis futurs. Elle ne se demande pas ce qu’elle mangera au prochain repas, elle ne se demande pas quel pyjama nous lui mettrons le soir venu. Elle vit… simplement, dans le moment présent. Et plus la vie avancera, moins ce sera ainsi. C’est dommage non !?

Si seulement on pouvait se rappeler de ces premières années, se rappeler comment on était bien quand les soucis n’existaient pas, que nos parents nous promenaient en poussette, nous berçaient… même à 3h30 du matin et nous pardonnaient toujours rapidement nos bêtises ou notre mauvaise humeur occasionnelle.

J’aimerais me rappeler des fois où moi aussi, à un an et demi, je devais crier : Aon! Aon! Aouon!!!

1 comment » Écrire un commentaire

  1. Ce serais bien de se rappeler ces années, mais pas trop! En fait, ce serait bien de se rappeler cette ouverture face à la vie (je pense que c’est ce que tu veux dire) car sinon c’est comme vivre dans le passé, ce qui n’est pas mieux non plus!

    Demain, grace à ce texte je vais vraiment chercher un observer un oiseau ou un écureuil lorsque je vais prendre ma marche sur l’heure du midi. Du coup je vais penser à toi également.

    Salut mon ami

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