Le côté gauche de son visage défiguré et l’oeil complètement fermé par une infection, ma grande de 3 ans, regardait, de son autre oeil, le médecin et les deux infirmières entrer dans la salle où nous nous trouvions.

Quelques instants plus tard, ils la couchaient sur le lit, un lit beaucoup trop grand pour elle… comme pour n’importe quel enfant. Elle déposa craintivement sa tête sur l’oreiller recouvert de papier en regardant l’équipe médicale s’affairer à installer le matériel.

Le soluté, les aiguilles, le moniteur, le plateau d’instruments… N’ayant aucune référence, elle tournait la tête vers nous sans cesse, sans dire un mot, pour valider que c’était la norme, pour valider que nous étions toujours là et pour valider les questionnements qu’il pouvait y avoir dans sa tête de trois ans. Elle tenait son bras droit comme les infirmières lui avaient demandé. Elle regardait sa mère, agenouillée à côté d’elle, qui lui racontait une histoire qu’elle inventait à mesure et au rythme de l’équipe médicale.

Une infirmière lance : Ça va pincer ma grande.

Rien… rien… aucune réaction, sauf un léger mouvement de menton pour ravaler une émotion qu’elle sentait de trop. Une émotion qui l’aurait fait mentir, car un peu plus tôt, elle nous avait dit qu’elle allait être une grande, qu’elle n’allait pas pleurer. Pendant l’intervention, elle n’a jamais bronché. Elle était forte, comme elle l’avait promis. Tellement forte, que j’ai craqué. Je lui ai tourné le dos et fait semblant d’aller ranger un truc dans un sac le temps de reprendre mes esprits.

Une fois la prise de sang terminée et le cathéter installé, les infirmières quittent en nous informant que l’antibiotique devrait arriver sous peu de la pharmacie. Ève souleva un peu sa tête pour les voir sortir puis reposa sa tête sur l’oreiller. Son menton tremblait de temps en temps. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Puis elle nous regarda intensément… et elle a éclaté en sanglots.

Ève a été une grande, comme elle aime le dire. Plus grande que son père qui a craqué, trop ému par la ténacité et l’orgueil de sa fille.

Notes : L’enflure semble avoir cessé de progresser. Ève dort paisiblement à la maison à l’heure où je publie cet article. Je vous tiendrai au courant bien sûr. Julie et moi sommes quand même moins inquiets que ce matin :O)