Un piton qui colle

L’autre jour, comme je le fais souvent, je rencontrais un client potentiel. Premier contact au téléphone, tout va bien. À la fin de la conversation on se planifie une rencontre la semaine suivante.

Le jour J, il se pointe au bureau à 8h, j’étais en retard pour une très bonne raison (évidemment). Mon collègue, avec qui je devais le rencontrer, était heureusement déjà là… ouff! Je me fond en excuses à mon arrivée, écoute un peu la discussion qui allait bon train puis, histoire de me faire pardonner, je sors une minute et revient avec les cafés. Deux petites gorgées, et c’est partit mon kiki.

Questionnements, chiffres, démonstrations live,  je me lève, me rassoit, gesticule, fais des blagues, fais du pouce sur ce que mon collègue dit… la game des pitch en agence quoi. Piff paff dans l’rack à patate, le gars semble avoir aimé nos idées, notre énergie, il nous remercie.

La réunion vient de se terminer, mais avant de quitter, il se permet un commentaire. Il se tourne vers moi et me dit : «Tu sais, moi j’suis comme toi, très verbo-moteur. Au téléphone, je dois te dire que tu m’as déstabilisé. J’avais hâte en maudit de te voir la face. » Je ne suis pas certain d’avoir compris exactement là où il voulait en venir… mais je comprenais qu’il aurait peut-être préféré être approché plus doucement. Ironiquement, il y a quelques temps, j’affirmais vouloir écouter davantage… et par le fait même, moins parler.

Mais voyez-vous, que ce soit à des clients, à des collègues ou à des étudiants, j’ai ce piton qui colle quand je veux faire comprendre des trucs importants concernant le web. J’en fais un peu trop des fois. Juste un peu. Un peu, mais assez pour qu’on me dise à l’occasion de baisser un peu le ton parce que je m’enflamme, assez pour qu’on me fasse régulièrement la remarque « Ça paraît que le sujet de passionne! », assez pour qu’on prenne le temps, gentiment, après un meeting pour me dire « Tu sais, t’es allé juste un peu trop vite. J’ai aimé ça, c’est pas une critique là, mais t’es quand même allé un peu trop vite pour moi. »

Ça me prendrait une petite voix interne qui me rappellerait systématiquement : Écoute-le pour voir, arrête donc un peu, respire mec, il va t’en dire plus et tu vas pouvoir encore mieux le questionner, encore mieux comprendre quoi lui dire pour qu’il comprenne ce que tu veux lui faire comprendre.

Développer un réflexe, ce n’est pas facile!


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