Un piton qui colle

L’autre jour, comme je le fais souvent, je rencontrais un client potentiel. Premier contact au téléphone, tout va bien. À la fin de la conversation on se planifie une rencontre la semaine suivante.

Le jour J, il se pointe au bureau à 8h, j’étais en retard pour une très bonne raison (évidemment). Mon collègue, avec qui je devais le rencontrer, était heureusement déjà là… ouff! Je me fond en excuses à mon arrivée, écoute un peu la discussion qui allait bon train puis, histoire de me faire pardonner, je sors une minute et revient avec les cafés. Deux petites gorgées, et c’est partit mon kiki.

Questionnements, chiffres, démonstrations live,  je me lève, me rassoit, gesticule, fais des blagues, fais du pouce sur ce que mon collègue dit… la game des pitch en agence quoi. Piff paff dans l’rack à patate, le gars semble avoir aimé nos idées, notre énergie, il nous remercie.

La réunion vient de se terminer, mais avant de quitter, il se permet un commentaire. Il se tourne vers moi et me dit : «Tu sais, moi j’suis comme toi, très verbo-moteur. Au téléphone, je dois te dire que tu m’as déstabilisé. J’avais hâte en maudit de te voir la face. » Je ne suis pas certain d’avoir compris exactement là où il voulait en venir… mais je comprenais qu’il aurait peut-être préféré être approché plus doucement. Ironiquement, il y a quelques temps, j’affirmais vouloir écouter davantage… et par le fait même, moins parler.

Mais voyez-vous, que ce soit à des clients, à des collègues ou à des étudiants, j’ai ce piton qui colle quand je veux faire comprendre des trucs importants concernant le web. J’en fais un peu trop des fois. Juste un peu. Un peu, mais assez pour qu’on me dise à l’occasion de baisser un peu le ton parce que je m’enflamme, assez pour qu’on me fasse régulièrement la remarque « Ça paraît que le sujet de passionne! », assez pour qu’on prenne le temps, gentiment, après un meeting pour me dire « Tu sais, t’es allé juste un peu trop vite. J’ai aimé ça, c’est pas une critique là, mais t’es quand même allé un peu trop vite pour moi. »

Ça me prendrait une petite voix interne qui me rappellerait systématiquement : Écoute-le pour voir, arrête donc un peu, respire mec, il va t’en dire plus et tu vas pouvoir encore mieux le questionner, encore mieux comprendre quoi lui dire pour qu’il comprenne ce que tu veux lui faire comprendre.

Développer un réflexe, ce n’est pas facile!


Crédit photo : http://www.flickr.com/photos/29969125@N05/

5 comments » Écrire un commentaire

  1. « T’es passionné et ça parait ! » C’est quand même mieux que : »Lui il a l’air d’haïr sa job… » 🙂
    J’ai rencontré l’an dernier Paul Hubert Legault qui donne des formations et des conférences expliquant comment cibler à qui tu parles pour ajuster ton discours en conséquence. Le même discours peut sonner très juste pour une personne et passer 100 pieds au dessus de la tête d’un autre.Il devient très important de déceler rapidement à qui tu t’adresses. Tu peux avoir plus d’info sur sont site : http://www.paulhubertlegault.com/

  2. Développer un réflexe n’est clairement pas facile pour une raison bien simple: on ne les voit pas. Ces comportements sont complètements transparents pour nous alors le mauvais plis perdure encore et encore.

    J’te propose un truc qui m’a aidé. Crée-toi un code entre toi et des personnes de confiance (au boulot, dans les cours, à la maison, etc.) pour qu’ils te fassent remarquer, délicatement, quand tu t’enflamme. Ça peut être un geste de la main, un clin d’oeil, te lancer un verre d’eau au visage ou mettre le feu à la moquette. Peu importe, ce qui compte finalement, c’est que tu te développes un autre réflexe qui est celui de remarquer ces élans.

    À partir du moment que tu remarques ceux-ci, tu vas trouver ça beaucoup plus facile de remballer ton énergie pour te concentrer sur l’écoute active. 😛

    Bonne chance, cher passionné! lol

  3. Une réponse un peu tardive sur ce billet, mais bon, moi j’aime ça quelqu’un de passionné, c’est contagieux ! Que ce soit trop rapide, trop long, trop fort ou tout le contraire, quand on s’exprime avec autant de passion pour son métier, c’est rare…mais ça définit ton haut niveau de compétences 😉
    Ne change pas, le seul réflexe que tu devrais développer serait…de ne pas oublier de dîner !! 😉

  4. @Jordan, Excellent truc en effet, j’avais commencé à le faire avec ma copine pour mon ton de voix. Ma voix fait 6′ 5 », 215 lbs, alors des fois, j’ai besoin d’aide pour la contrôler.

    @Karine, ça fait du bien entendre ça! Ça commence très bien la journée entoucas! J’ai travaillé pendant un certain temps pour la SAT à Montréal, et là-bas, ils parlaient de « contamination positive ». J’ose donc espérer contaminer positivement quelques personnes chez Lubie et ailleurs. :O)
    Merci de ton commentaire !

Écrire un commentaire